Alliance Française de Philadelphie Library Catalogue
Edgar Poe, Gogol, Stevenson, Kafka... Goya et Dali, Schumann et ses Kreisleriana, Offenbach et ses Contes d'Hoffmann bien sûr : rarement un écrivain aura si durablement marqué, non seulement la littérature, mais aussi la musique et la peinture, de son empreinte. Il a inventé le roman noir et l'intrigue policière, jeté les bases de la littérature fantastique - dont la terminologie même tire sa source de ses Phantasiestücke -, et l'on retrouve jusque chez Thomas Bernhard un écho de ses nouvelles musicales. Chef d'orchestre talentueux, dessinateur inspiré, les multiples facettes de ce génie protéiforme se reproduisent dans ses personnages : comme en une galerie des glaces, femmes fatales automates, animaux à visage humain, esprits maléfiques et démons grimaçants se métamorphosent et tourbillonnent, folle sarabande gavée d'énergie, d'invention et d'ironie avec cet humour et cette grâce poétique dont la modernité ne cesse de nous éblouir. --Scarbo «Hoffmann... ne voyait partout que des spectres ; ils lui faisaient des grimaces du fond de chaque théière chinoise et de dessous chaque perruque de Berlin ; c'était un enchanteur qui changeait les hommes en bêtes, et ces bêtes en conseillers auliques prussiens et en conseillers des finances. Il savait évoquer les morts et les faire sortir du tombeau ; mais la vie le repoussait comme une triste apparition ; il le sentit lui-même ; il sentit qu'il était devenu un fantôme ; la nature entière lui sembla un miroir trouble et mal taillé, dans lequel il se voyait partagé en mille fragments, à travers un nuage défait comme un visage mort ; et ses ouvrages ne furent autre chose qu'un effroyable cri en vingt volumes.» Henri Heine Ce troisième volume achève la publication des Contres fantastiques d'Hoffmann dans la célèbre traduction de Loève-Veimars. Ce volume comprend : Le chat murr Et Les souffrances musicales du maître de chapelle Jean Kreisler Qui passent parmi les chefs-d'œuvre de l'écrivain allemand, comme le prouve l'immense séduction qu'ils ont exercée auprès de George Sand, de Gautier ou de Nerval. Attention : couverture différente. La vente de cet article permet de financer la plantation d'arbres en France :) Envoi soigné
Vendredi soir, j'étais invité à une soirée chez un collègue de travail. On était une bonne trentaine, rien que des cadres moyens âgés de vingt-cinq à quarante ans. A un moment donné, il y a une connasse qui a commencé à se déshabiller. Elle a ôté son T-shirt, puis son soutien gorge, puis sa jupe, tout ça en faisant des mines incroyables. Elle a encore tournoyé en petite culotte pendant quelques secondes, et puis elle a commencé à se resaper, ne voyant plus quoi faire d'autre. D'ailleurs c'est une fille qui ne couche avec personne. Ce qui souligne bien l'absurdité de son comportement. Ainsi débute l'odyssée désenchantée d'un informaticien entre deux âges, peu convaincu de l'intérêt de son métier, jouant toutefois son rôle en observant les mouvements humains et les banalités qui s'échangent autour des machines à café. L'installation d'un progiciel en province lui permettra d'étendre le champ des ses observations, d'anéantir les illusions d'un collègue - obsédé malchanceux - et d'élaborer une théorie complète du libéralisme, qu'il soit économique ou sexuel. Ville de banlieue, chambre anonyme, petit travail, salaire correct, peu d'intérêt, pas d'amis, de vagues relations. Aucune envie, plus de désir, quelques habitudes. C'est tout un monde de désespoir et de non-sens qui s'ouvre en même temps que commence ce roman des perdants et des abandonnés, ceux qui ont érigé la routine en mode de vie, le renoncement en principe, le défaitisme en valeur. On pourrait en rester là : mais l'auteur va tellement loin dans sa peinture clinique, crue, désenchantée, qu'on relève la tête et le défi. Plus que son antihéros, en tout cas : c'est du moins ce qu'il faut se souhaiter... Écrit avant Les Particules élémentaires, le roman sulfureux qui fit la notoriété de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte est de la même veine : plume acérée, aride, assassine. On en sort laminé, mais bien déterminé à continuer la lutte, et c'est là que tout le paradoxe de la littérature prend un sens. Un roman saisissant à lire avec précautions. --Karla Manuele
Douze convives réunis pour conjurer leur solitude, et accessoirement fêter Thanksgiving autour d'une dinde, se perdent dans les méandres de leurs souffrances singulières, sans savoir qu'en haut lieu leur destin est irrémédiablement figé. Qu'auront-ils fait de leur vie, eux qui auront tant souffert, écorchés par mille blessures et maints tourments ? Des drames de la vie aux affres de la douleur physique, qu'auront-ils vraiment choisi ? Eux, les hommes, ces produits d'une histoire qui commença bien avant eux et qui finira longtemps après leur mort, pièces négligeables d'un puzzle infini. Seuls peut-être, l'ébauche de l'amour ou les lauriers jaunis de la postérité constitueront une échappatoire éphémère et illusoire à ce qu'aura été la médiocrité de leur vie, cette "douce agonie". Car Dieu veille et rappelle qu'il peut cueillir chacun d'entre eux, chacun de leurs proches à l'orée de la jeunesse ou au seuil de la vieillesse. Cruel, Dieu ? Sans doute, il joue de son œuvre et orchestre une marche funèbre sans états d'âme, parce qu'il a conçu le monde ainsi, imparfait mais "sublime". --Lenaïc Gravis & Jocelyn Blériot "Dolce agonia" affiche ses références, pour éviter qu'une critique aigrie ne reproche de trop évidents emprunts. Comme on est, dans ce roman, en milieu intellectuel, les lectures, les commentaires, les citations se multiplient naturellement. Il est question de "Gens de Dublin" et de "Mrs Dalloway". Mais il serait malveillant de prétendre que la romancière canadienne se prend pour Joyce et pour Virginia Woolf ... La situation, la chronologie, les contraintes de lieu et de temps, la liberté de rythme incitent au rapprochement : c'est la fête de Thanksgiving aux Etats-Unis, où un poète de renom invite onze amis et le bébé de deux d'entre eux. Autour de la table où trône une dinde dont le fumet parfume les premières pages, les convives parlent et pensent. Et au-dessus de ce dialogue, explicite et implicite, empreint de nostalgie, d'angoisse, de rancoeurs, de frustrations, d'agressivité plus ou moins rentrée, mais aussi d'amour, on entend un sourd monologue : celui, non de l'auteur omniscient, mais de Dieu en personne. "Quelle espèce ! Souvent, à regarder les êtres humains accomplir leur destinée sur Terre, je me laisse emporter presque au point de croire en eux. Ils me donnent l'impression singulière d'être dotés de libre arbitre, d'autonomie, d'une volonté propre... Je sais bien que c'est une illusion, une notion saugrenue. Moi seul suis libre ! Chaque tour et détour de leur destin a été planifié d'avance par mes soins ; je connais le but vers lequel ils se dirigent et le chemin qu'ils emprunteront pour y parvenir ; je connais leurs effrois et leurs espoirs les plus secrets, leur constitution génétique, les rouages les plus intimes de leur conscience... Et pourtant, et pourtant... ils ne cessent de m'étonner." N. H. Réunis autour d'un repas de Thanksgiving, douze convives parlent de la naissance, de la mort, du vertige des pensées et de la valse des sentiments... tandis que le lecteur est instruit par Dieu lui-même du destin vers lequel s'acheminent à leur insu ces personnages.
Écoutez, tendez l'oreille. Vous entendrez une de ces variations sur le même thème (celui de la quête de soi) que Nancy Huston affectionne. La première voix serait celle, plaintive et langoureuse, d'une de ces violes galbées du XVIIIe siècle. Elle raconte l'histoire des jumeaux orphelins, Barbe et Barnabé. Le duo, vibrant d'amour l'un pour l'autre, tâche de survivre dans le Berry miséreux de cette même époque. L'autre voix serait interprétée par quelque flûte vénitienne, au son aigre et obstiné. Elle est celle de la narratrice qui, régulièrement, interrompt l'écriture de son carnet intime pour poursuivre celle de son roman, l'histoire de Barbe et de son frère. Son tempo, très contemporain, donne un ton étrange à l'ensemble. Le tout est une sonate infiniment émouvante. L'auteur y explore les fonds ténébreux de ces souvenirs "au formol" qui l'empêchent de naître. Le Cantique des plaines et La Virevolte avaient déjà révélé le talent de Nancy Huston. Cette partition pour deux instruments qui s'harmonisent dans la révélation finale de la "résurrection", en est la brillante confirmation. --Laure Anciel " Bientôt cinquante ans : suis-je vieille ? D'après Stella, on voit qu'on commence à vieillir quand les gens cessent de vous traiter "d'épatante" et se mettent à vous traiter de " brave " ou de " pétillante ".. Mais pour le moment il me semble que ma beauté, plutôt que se faner ne fait que s'infuser comme du bon thé, devenant chaque jour plus âpre et plus savoureuse. Combien d'hommes ont rendu visite à mon corps ? " Une Américaine, écrivain, décide de retracer le parcours de jumeaux orphelins nés au XVIIIe siècle. Peu à peu, la vie de la narratrice rejoint l'histoire qu'elle a entrepris de raconter. A travers plus de deux siècles, Nadia et Barbe deviennent jumelles dans la négation de leur identité et de leur souffrance.
Profil d'une oeuvre : La Cantatrice chauve (1950), La Leçon (1951), Ionesco : résumé, personnages, thèmes
À peine l'a-t-il aperçue que Raphaël Lepage, célèbre flûtiste, demande en mariage la jeune Allemande venue se présenter rue de Seine pour un emploi de bonne à tout faire. Saffie, devenue Madame Lepage, reste pourtant indifférente à son bonheur apparent. Le traumatisme d'une enfance marquée par la guerre semble l'avoir coupée de toute émotion. Même la naissance de son fils n'y changera rien. Seule la rencontre d'Andras, Juif hongrois émigré à Paris, lui rendra le goût de vivre tout en la replongeant dans la problématique de la violence en pleine guerre d'Algérie. La maternité, la musique, le fardeau de l'histoire pesant sur les individus, mais aussi la capacité qu'ont les hommes de faire leur propre malheur, tous les thèmes chers à Nancy Huston sont ici magnifiquement orchestrés. Paris, 1957. Saffie, vingt ans, arrive d'Allemagne. Rien ne semble lui donner l'envie de profiter de la vie. Elle s'éveille pourtant lorsqu'elle rencontre Andras, un juif hongrois émigré lui aussi. Ensemble, ils font face aux souvenirs, aux traumatismes que la guerre leur a fait subir à l'un comme à l'autre. Ce roman questionne l'Histoire, celle du passé, celle à venir, qui en découle. Il montre comment elle imprègne nos vies, sans distinction, sans récompense, et nous pousse subrepticement à toujours rester sur nos gardes.
Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie et ne cesse de l’obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l’autre famille, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n’évoque l’existence… Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu’en remontant à l’origine de la violence, c’est sa propre violence qu’on finit par rencontrer… Ce roman a obtenu le prix Orange en 2009. Un roman haletant, au style clair, sec, dépouillé. Sans doute la grande révélation de l’année 2009. François Brunel, Le Journal du Dimanche. Un puissant hommage à la mémoire des morts. Alexandre Fillon, Lire. On reste abasourdi par ce torrent de violence souterraine qui peut couler sous les sourires et la bienséance. Un grand livre, vraiment. André Rollin, Le Canard enchaîné.
Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël. Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des « métiers », ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures. L'art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman, résolument classique et ouvertement moderne.
" Lin danse dans la ville de Mexico. Ses pieds sont nus et son corps géant, plus grand que jamais. Elle est Cihuacoatl, la déesse aztèque des guerres et des enfantements. Elle sait tout, elle peut tout, rien ne l'arrêtera. " Lin est célèbre dans le monde de la danse. Elle aime Derek et, bientôt, les deux filles qu'elle obtient de lui la comblent de bonheur. Mais par la suite, du soir au matin, elle se retrouve accaparée par son rôle de mère, et se surprend à regarder passer les saisons. Elle se souvient que la danse était tout pour elle et réalise qu'elle l'est encore aujourd'hui. Créer, défier l'apesanteur, emplir l'espace. Soluble dans cette existence, elle est vulnérable, sauf lorsqu'elle danse. Alors elle part et cède aux avances du démon de la danse.
L’avantage avec Houellebecq – et l’une des raisons du succès de cet écrivain devenu, au meilleur sens du terme, un immense romancier populaire -, c’est que tout le monde peut le lire. Boulangères, ministres, collégiens incultes, normaliens pornographes, adeptes de sectes, tout le monde est en mesure de lire (sauf cas aigus de déficiences intellectuelles), "La Possibilité d’une île", pavé de cinq cents pages constituant l’événement de cette rentrée littéraire 2005. Lancé comme un produit marketing planétaire (à l’identique de ce que l’on ferait avec un disque des Rolling Stones), caché aux journalistes et aux critiques sauf autorisation spéciale des éditions Fayard (dont ont bénéficié deux ou trois faiseurs d’opinion), mondialisé jusqu’à l’os avec une parution simultanée dans plusieurs pays (Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne…), que vaut vraiment le dernier Houellebecq , au-delà de l'empoigne médiatique dont il est l'occasion ? Entre le "récit de vie", très actuel, mené par Daniel 1, un comique enrichi et veule, "observateur acéré de la réalité contemporaine" (sous les traits duquel on reconnaîtra aisément Michel Houellebecq lui-même), et l’exégèse dans un futur lointain de cette vie minable par Daniel 24 et Daniel 25, ses clones, on ne s’ennuie pas une seconde, on tourne les pages avec un plaisir non feint, on a entre les mains un bon roman d’anticipation… malgré la philosophie et les hypothèses tendance "SF pour tous" de l’intrigue (le clonage comme unique remède à notre finitude, réalisé par une secte ressemblant comme deux gouttes d’eau à celle des raéliens et ayant supplanté les religions classiques…). Au-delà du texte lui-même, on devra surtout admettre cette vérité : Houellebecq est aujourd’hui incontournable. Plus que jamais, il est la caisse de résonance de notre société déboussolée, plus que jamais il parvient à en décrire l’aliénation et la détresse dans des romans aux significations chaque fois complexes, à la fois problématiques et polémiques. Moralité : un roman à thèse à ne pas prendre au pied de la lettre mais à épouser phrase par phrase, dans ce qu’il transpire en terme de désespoir incarné plutôt que dans ce qu’il conceptualise quand même un peu poussivement. "La littérature contre les idées ?" Houellebecq, au cynisme tout célinien, est trop subtil pour l’ignorer : la littérature est affaire d’émotion et de vision du monde, pas de dissertation philosophique... Ce pourquoi les plus belles pages de son roman, les 150 dernières, sont, à leur manière, d'un sentimentalisme extrême, fruit du désespoir amoureux et de la traversée tragique du Désir du narrateur et de ses doubles.... Houellebecq, un grand écrivain romantique épris d'absolu ? Assurément. Le pitch ? Quel pitch ? Il est impossible d?en dévoiler un. Le quatrième roman de Michel Houellebecq, par son ampleur, ses ambitions, sa façon bien à lui de déjouer tout pronostic, échappe à cette pratique paresseuse de la critique moderne. Alors qu?en dire ? Dire que les éditeurs étrangers les plus importants (US, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Espagne, Suède, Japon?), l?ont lu sur manuscrit et aussitôt acheté. Dire aussi qu?ils n?ont pas été avares de compliments. L?un louant son humour décalé, l?autre célébrant son lyrisme, le troisième avouant à quel point il avait d?abord ri, puis frémi devant cette fresque admirablement construite, où tout est à sa place, sans effort apparent, comme soulevé par une intelligence qui lance un défi à la raison, un avertissement salutaire. En un mot, soufflé par l?auteur lui-même : « Je crois que c?est mon meilleur livre. »
Un jour, Alexandre Eiffel s'aperçoit avec effroi qu'il est devenu une grande personne, un empaillé de trente-huit ans. Esclave de son agenda, il ne copule plus guère et se prélasse sans honte dans la peau d'un mari domestiqué, indigne du petit garçon rebelle et vivant qu'il fut, celui à qui son papa disait : - Le Petit Sauvage, tu es fou ! Alexandre décide de réveiller l'enfant en lui. Il quitte l'épouse qui lui servait de bouillotte, rachète la maison où vécut le Petit Sauvage, part retrouver la Société Secrète des Crusoé et surtout Fanny, son bateau bleu et ses lèvres inoubliables. Mais les ans ont passé et le retour aux amours enfantines ne pourra se faire que grâce à Manon, la contrôleuse des volcans, qui fait si bien l'amour dans les branches des arbres. Adulte qui joue à l'enfant, enfant qui joue à l'adulte, Alexandre est la création la plus originale de l'auteur du Zèbre. À trente-huit ans, Alexandre Eiffel s'aperçoit que plus rien de subsiste du Petit Sauvage qu'il fut enfant. Il ne "copule" même plus avec la femme qui lui sert de "bouillotte", et malgré ses convictions monogamiques, il quitte tout, rachète la maison de son enfance au bord de la mer, et tâche de ressusciter l'enfant comateux qui sommeille en lui. Ce roman, adapté à l'écran par l'auteur, lui a valu un immense succès. Il marque aussi un tournant dans la vie de l'écrivain, qui comme son héros, a décidé de se tourner vers le cinéma avant de se transformer en auteur installé. Une leçon ludique sur les façons de ne pas devenir adulte. Comment retrouver son coeur d'enfant lorsqu'à l'approche de la quarantaine, on se rend compte qu'on est devenu un "empaillé" ? Alexandre Jardin livre sa recette.
Lambeaux marque un tournant essentiel dans l'écriture de Charles Juliet. Il le libère et le fera ensuite passer de la poésie et des journaux à la fiction. L'auteur y vide pour la première fois sa mémoire, dénoue le noeud de son malaise et l'origine de son écriture : la mort de sa mère alors qu'il n'a que quelques mois. Par des phrases lentes, granitiques, il accède aux racines tranchées, extirpe sa mère du rien en lui donnant la parole. La deuxième partie dit l'autre mère. Celle qui l'a recueilli. La "toute-donnée" qui ne se plaint pas et parle peu. Charles Juliet lui prête également ses mots. Il fouille, met à jour la pensée de cette femme, ce "chef-d'oeuvre d'humanité" qui l'a sauvé de la folie ou du suicide. Derrière ce double portrait, Charles Juliet relate aussi la lente gestation de son être, par-delà les peurs, les blessures, les aridités. Par-delà la culpabilité. Jusqu'à cet instant où le brouillard se dissipe, où une force tranquille s'installe et lui permet à nouveau d'adhérer à la vie. --Laure Anciel Dans cet ouvrage, l'auteur a voulu célébrer ses deux mères : l'esseulée et la vaillante, l'étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d'un amour malheureux, d'un mariage qui l'a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré sans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d'atroces conditions. La seconde, mère d'une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l'a élevé comme s'il avait été son fils. Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l'auteur relate succinctement son parcours : l'enfance paysanne, l'école d'enfants de troupe, puis les premières tentatives d'écritures. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d'un homme qui, a la faveur d'un long cheminement, est parvenu à triompher de " la détresse impensable " dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d'espoir. Si sa mère n'avait pas sombré, qui aurait-il été, s'interroge l'écrivain Charles Juliet. Soucieux de leur rendre hommage, il reconstitue le parcours des deux femmes qui l'ont élevé. Aux prises avec une indéfectible angoisse existentielle, la première, celle qui lui a donné le jour, s'est absentée trop tôt de la réalité et est morte de faim pendant la Seconde Guerre mondiale, abandonnée dans un hôpital pour malades mentaux. La seconde, paysanne et mère de famille nombreuse, l'a élevé à l'égal de ses autres rejetons. En évoquant ces deux figures, celui dont la peur a ravagé l'enfance restitue à la fois "l'âpreté et l'austérité des vies qui mènent un incessant combat pour tenter de faire reculer la misère", et les événements qui ont forgé son identité d'écrivain. Un récit autobiographique émouvant.
"Le jour où mon père est mort, le 30 juillet 1980, la réalité a cessé de me passionner. J'avais quinze ans, je m'en remets à peine. Pour moi, il a été tour à tour mon clown, Hamlet, d'Artagnan, Mickey et mon trapéziste préféré ; mais il fut surtout l'homme le plus vivant que j'ai connu. Pascal Jardin, dit le Zubial par ses enfants, n'accepta jamais de se laisser gouverner par ses peurs. Le Zubial avait le talent de vivre l'invivable, comme si chaque instant devait être le dernier. L'improbable était son ordinaire, le contradictoire son domaine. S'ennuyait-il au cours d'un dîner ? Il le déclarait aussitôt et quittait la table, en baisant la main de la maîtresse de maison. Désirait-il une femme mariée ? Il ne craignait pas d'en faire part à son époux, en public, et d'escalader la façade du domicile conjugal le soir même pour tenter de l'enlever. S'il écrivit des romans et plus de cent films, cet homme dramatiquement libre fut avant tout un amant. Son véritable métier était d'aimer les femmes, et la sienne en particulier. Ce livre n'est pas un recueil de souvenirs mais un livre de retrouvailles. Le Zubial est l'homme que j'ai le plus aimé. Il m'a légué une certaine idée de l'amour, tant de rêves et de questions immenses que, parfois, il m'arrive de me prendre pour un héritier". Alexandre Jardin.
77pages. poche. Broché. Très Bon Etat / Infimes usures d'usage, sans conséquence, voir photo.
Poche Editeur : Editions 84 - 1993 Collection : Fiction, Poetry & Drama Langue : Français
Il y a un peu plus de deux siècles Voltaire eut l'idée d'une encyclopédie de poche ; en 1764 il publie à Genève un Dictionnaire philosophique " portatif ", trois cents pages pour faire le tour de toutes les connaissances et rêveries de l'humanité.
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.
Ce roman retrace l'épopée de Gengis Khan, le conquérant mongol insatiable qui s'est taillé l'un des empires les plus vastes que la terre aie porté dans la seconde moitié du 12e siècle en Asie. Le récit des aventures de ce cruel guerrier se fait par l'intermédiaire de Bo'ortchou son fidèle compagnon d'armes et son frère de sang. A l'approche de la mort, il raconte comment il a rencontré celui qui s'appelle encore Temudjin, l'héritier d'un clan souverain tombé en déchéance dont il est décidé à restaurer la puissance. Bo'ortchou évoque l'amitié qui s'instaure entre eux deux et comment il le suivra dans sa fulgurante ascension qui le conduira d'une situation d'exil et de pauvreté à recevoir, après vingt ans de combat, le titre de Gengis Khan, empereur des Océans. L'auteur, Homeric, chroniqueur hippique du journal Libération, recrée à merveille l'univers de ces nomades vivant au gré des saisons avec leurs yourtes et leurs troupeaux dans l'immensité de la steppe. Il raconte les moeurs de ces hommes pour lesquels un cheval a plus d'importance qu'une femme, les légendes qu'ils se transmettent de génération en génération dans un temps où la pitié n'a pas sa place et où viols et pillages se succèdent à coup de têtes et de membres tranchés et de supplices raffinés... L'histoire de Gengis Khan est sanglante et Bo'ortchou prévient d'emblée : " J'avais seize ans, un corps parfait et une formidable envie de détruire... ". Ce roman a reçu le prix Médicis en novembre 1998. L'écho des exploits de Tèmudjin galope dans la steppe, et ceux qui hier l'avaient abandonné se joignent à son armée d'archers. Subtil et patient, Tèmudjin a le flair du loup. A ses côtés, le fidèle Bo'ortchou, droit dans les ténèbres, n'aura de cesse de veiller à la grandeur de Tèmudjin, le futur Gengis Khan, qui constitua le plus vaste empire que la terre ait connu. Gengis Khan mettra vingt ans pour rallier les clans mongols sous sa bannière ; puis c'est au galop qu'il mènera ses conquêtes, avec ses cavaliers insaisissables, annexant des empires, telles la Chine et la Perse, écrasant des armées dix fois plus importantes, des civilisations protégées par des citadelles réputées imprenables. Le récit de Bo'ortchou nous éclaire sur l'âme et le génie de Gengis Khan, ce " fléau surgi de la terre de Gog et Magog ", qui pensait aplanir les dissensions des peuples en leur imposant un Maître unique. De cette épopée, Bo'ortchou fait un roman d'amour. Naïf et fidèle, il apprendra à ses dépens à quel point le Khan, son frère juré, demande à ses femmes et ses fidèles, tout comme à ses chevaux, l'exclusivité de leur passion. Ecrivain, journaliste, Homeric a publié Ourasi, le roi fainéant, l'Aventure de Mazeppa, et en 1992 Oedipe de cheval (Grasset). Avant d'être romancier, Homeric a été jockey et chroniqueur hippique au quotidien Libération où il a inventé une approche romanesque des sports équestres. C'est dire que le cheval est pour lui une passion qui n'est pas étrangère au thème de ce roman. Le Loup mongol n'est autre que Temüdjin, cavalier des steppes asiatiques qui entrera dans l'histoire sous le nom de Gengis Khan. Il mit plus de vingt ans à rallier les clans mongols sous son autorité avant de se lancer à la conquête du plus grand empire que la terre ait jamais porté. Le roman est un véritable tour de force car, en confiant le rôle du narrateur à Bo'ortchou, le fidèle compagnon de Temüdjin, il parvient à concilier l'authenticité d'une épopée avec une approche intimiste du grand Khan. La vision de ces cavaliers insaisissables écrasant des armées dix fois plus puissantes qu'eux comme celles de Chine ou de Perse fait passer un souffle extraordinaire à travers cette chevauchée fantastique. Le roman a obtenu le prix Médicis en 1998. --Gérard Meudal Homeric a choisi de raconter (la) vie (de Genghis Khan) en prenant pour témoin son frère de sang, son Anda, Bo'ortchou qui en dresse le portrait alors qu'il est au seuil de la mort, en rappelle les hauts faits, mais surtout ce qui fit leur amitié. C'est plus la part intime, secrète des êtres qui retient le narrateur que la part guerrière.
Au début des années 70, Amir et Hassan, frères de lait, embrasent le ciel de Kaboul de leurs cerfs-volants. Jusqu'à ce jour, terrible, où Amir abandonne Hassan à un sort tragique et se réfugie aux États-Unis. Vingt ans plus tard, en quête de rédemption, il devra affronter l'Afghanistan ravagé sous le joug des talibans... et le poids de son propre passé. " Portrait d'un homme en proie à son passé, ce premier roman de Khaled Hosseini dit aussi l'histoire d'un peuple. [...] Le tableau qu'il dresse [de son pays], tout de contraste entre un passé idéalisé et la tourmente du présent, offre un très beau témoignage sur ce lien viscéral qu'entretient un homme avec sa terre natale. " Pauline Perrignon - Télérama Traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Bourgeois Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçons grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n'entament leur amitié. Jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés... Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. " Il existe un moyen de te racheter", lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.
C'est un tel classique qu'on a toujours l'impression de l'avoir déjà lu... ou vu : avec Michel Bouquet dans le rôle de Javert, ou bien Depardieu. Relire donc Les Misérables, publié par Victor Hugo en 1862, offre le plaisir de la reconnaissance et du recommencement. Toujours on sera emporté par la tension romanesque du livre, ses figures inoubliables, ses langues multiples - n'oublions pas que Hugo est le premier à introduire l'argot et la langue populaire dans le français écrit -, ses histoires et son temps. De la récidive malheureuse de Jean Valjean, frais libéré du bagne, à sa progressive rédemption, de l'enfance désastreuse de Cosette à son idylle avec Marius, de la figure sacrificielle de Fantine aux personnages sinistres de Thénardier et de Javert, le roman propose une belle leçon d'humanité vivante. "Je viens détruire la fatalité humaine, écrit Hugo, je condamne l'esclavage, je chasse la misère, j'enseigne l'ignorance, je traite la maladie, j'éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis et voilà pourquoi j'ai fait Les Misérables." À lire à loisir, en trois volumes : I, II et III. --Céline Darner " Il y a un point où les infortunés et les infâmes se mêlent et se confondent dans un seul mot, mot fatal, les misérables : de qui est-ce la faute ? "
C'est un tel classique qu'on a toujours l'impression de l'avoir déjà lu... ou vu : avec Michel Bouquet dans le rôle de Javert, ou bien Depardieu. Relire donc Les Misérables, publié par Victor Hugo en 1862, offre le plaisir de la reconnaissance et du recommencement. Toujours on sera emporté par la tension romanesque du livre, ses figures inoubliables, ses langues multiples - n'oublions pas que Hugo est le premier à introduire l'argot et la langue populaire dans le français écrit -, ses histoires et son temps. De la récidive malheureuse de Jean Valjean, frais libéré du bagne, à sa progressive rédemption, de l'enfance désastreuse de Cosette à son idylle avec Marius, de la figure sacrificielle de Fantine aux personnages sinistres de Thénardier et de Javert, le roman propose une belle leçon d'humanité vivante. "Je viens détruire la fatalité humaine, écrit Hugo, je condamne l'esclavage, je chasse la misère, j'enseigne l'ignorance, je traite la maladie, j'éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis et voilà pourquoi j'ai fait Les Misérables." À lire à loisir, en trois volumes : I, II et III. --Céline Darner " Il y a un point où les infortunés et les infâmes se mêlent et se confondent dans un seul mot, mot fatal, les misérables ; de qui est-ce la faute ? "
"Je prends conscience aujourd'hui du vide auquel je me suis confrontée, je ne me sens plus de communauté de famille d'esprit. Que me reste-t-il ? Aussi, comment, où me situer ? Et toi ? Il me semble que parfois ma seule terre, c'est l'écriture, l'école, le livre..." Pendant plus d'un an, deux femmes se sont écrit en français, de Paris à Paris. La première vient du Canada, la seconde, d'Algérie. Dans cette ville, étrangères en exil, elles ont choisi de travailler, d'aimer et d'avoir des enfants. Elles ne sont ni d'ici, ni de là-bas. Leur pays est celui du verbe. Elles cherchent en tâtonnant ce sentiment d'appartenance qui, seul, leur permettrait de réaliser pleinement leur destin : celui d'écrivain. Quand elles se sont rencontrées à Paris, l'une venait du Canada, l'autre d'Algérie. L'une se sentait en exil, l'autre pas. De leur rencontre au sein du mouvement féministe naquit une amitié qui, des années plus tard, de 1983 à 1985 donna lieu à cette correspondance. Il y est question d'exil bien sûr, mais l'intérêt de cet échange vient de la personnalité des correspondantes. Deux écrivains de premier plan réfléchissent, avec une totale liberté de ton, à leur condition de femmes, à la création littéraire. Nancy Huston finit d'ailleurs par admettre que "l'exil n'est que le fantasme qui nous permet de fonctionner, et notamment d'écrire". Aujourd'hui on ne s'écrit plus. Raison de plus pour lire cette correspondance passionnante entre deux écrivaines majeures sur le thème de l'exil.
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A la veille de la Première Guerre mondiale, un jeune officier pauvre, en garnison dans une petite ville autrichienne, est pris de pitié pour une jeune infirme riche. De cette pitié dangereuse découlera l'amour fou que porte Edith de Kekesfalva au lieutenant Anton Hofmiller. Cet amour impossible finira tragiquement, dans l'évocation nostalgique d'une société bientôt condamnée par l'histoire.