Alliance Française de Philadelphie Library Catalogue
Pièce en deux actes pour cinq personnages écrite en français entre 1948 et 1949. Première publication aux Éditions de Minuit en 1952. « Vous me demandez mes idées sur En attendant Godot, dont vous me faites l'honneur de donner des extraits au Club d'essai, et en même temps mes idées sur le théâtre. Je n'ai pas d'idées sur le théâtre. Je n'y connais rien. Je n'y vais pas. C'est admissible. Ce qui l'est sans doute moins, c'est d'abord, dans ces conditions, d'écrire une pièce, et ensuite, l'ayant fait, de ne pas avoir d'idées sur elle non plus. C'est malheureusement mon cas. Il n'est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s'ouvre sous la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce. Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. Je ne sais pas dans quel esprit je l'ai écrite. Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu'ils disent, ce qu'ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j'ai dû indiquer le peu que j'ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple. Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. Et je ne sais pas s'ils y croient ou non, les deux qui l'attendent. Les deux autres qui passent vers la fin de chacun des deux actes, ça doit être pour rompre la monotonie. Tout ce que j'ai pu savoir, je l'ai montré. Ce n'est pas beaucoup. Mais ça me suffit, et largement. Je dirai même que je me serais contenté de moins. Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible. Je n'y suis plus et je n'y serai plus jamais. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n'ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Ils vous doivent des comptes peut-être. Qu'ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes. » (Samuel Beckett, Lettre à Michel Polac, janvier 1952) L'attente comprend deux phases, l'ennui et l'angoisse. La pièce comprend donc deux actes, l'un grotesque, l'autre grave. Préoccupé de peu de choses hormis ses chaussures, la perspective de se pendre au seul arbre qui rompt la monotonie du paysage et Vladimir, son compagnon d'infortune, Estragon attend. Il attend Godot comme un sauveur. Mais pas plus que Vladimir, il ne connaît Godot. Aucun ne sait au juste de quoi ce mystérieux personnage doit les sauver, si ce n'est peut-être, justement, de l'horrible attente. Liés par un étrange rapport de force et de tendresse, ils se haranguent l'un et l'autre et s'affublent de surnoms ridicules. Outre que ces diminutifs suggèrent que Godot pourrait bien être une synthèse qui ne se réalisera qu'au prix d'un anéantissement, Didi et Gogo portent en leur sein la répétition, tout comme le discours de Lucky, disque rayé qui figure le piétinement incessant auquel se réduit toute tentative de production de sens. Cette pièce composée en 1952, quinze ans avant que Beckett ne soit couronné par le prix Nobel de littérature, est un tour de force qui démontre les profondeurs que peut atteindre un langage en apparence absurde. --Sana Tang-Léopold Wauters
« Pourquoi écrire une suite au Ruisseau des singes ? Parce que, une fois le mot "fin" écrit au bas du livre, des milliers d'autres souvenirs me sont revenus à l'esprit et que j'avais envie à nouveau de vous les faire partager. Parce que, c'était évident, j'avais oublié de vous dire. » Ce que nous conte aujourd'hui Jean-Claude Brialy, c'est l'histoire d'une vie bien remplie, avec ses folies, ses tristesses et ses colères, avec ses belles rencontres et ses joyeuses complicités. Qu'ils soient célèbres ou inconnus, qu'ils se nomment Gabin, Trenet, Barbara, Cocteau, Noureïev ou Arletty, qu'il s'agisse d'un dîner intime ou d'un tournage, ce ne sont pas des stars qui se montrent, ce sont les rencontres magiques d'un homme hors du commun qui évoque sous un angle personnel et chaleureux de nouveaux rendez-vous inoubliables.
Agrégative d'anglais, Hélène Berr a vingt-et-un ans lorsqu'elle commence à écrire son journal. L'année 1942 et les lois anti-juives de Vichy vont faire lentement basculer sa vie. Elle mourra à Bergen Belsen quelques jours avant la libération du camp. Soixante ans durant, ce manuscrit n'a existé que comme un douloureux trésor familial. Ce n'est qu'en 1992 que Mariette Job, nièce d'Hélène Berr, décide de reprendre contact avec le fiancé d'Hélène, Jean Morawiecki. En 1994, il décide de lui faire don du manuscrit. Ce témoignage éclairé et d'une qualité littéraire exceptionnelle en fait un document de référence. Il a obtenu un très grand succès critique et public. « Au seuil de ce livre », écrit Patrick Modiano à propos du Journal d'Hélène Berr, « il faut se taire maintenant, écouter la voix d'Hélène et marcher à ses côtés. Une voix et une présence qui nous accompagneront toute notre vie. » Il y avait sûrement en 1942 des après-midi où la guerre et l'Occupation semblaient lointaines et irréelles dans ces rues. Sauf pour une jeune fille du nom d'Hélène Berr, qui savait qu'elle était au plus profond du malheur et de la barbarie ; mais impossible de le dire aux passants aimables et indifférents. Alors, elle écrivait un journal. Avait-elle le pressentiment que très loin dans l'avenir, on le lirait ? Ou craignait-elle que sa voix soit étouffée comme celles de millions de personnes massacrées sans laisser de traces ? Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant, écouter la voix d'Hélène et marcher à ses côtés. Une voix et une présence qui nous accompagneront toute notre vie.
La foule attend, avide, suspendue aux lèvres de Maria Nikolaevna. Derrière la cantatrice se tient son accompagnatrice. Sous les feux de la rampe, être dans l'ombre de Maria Nikolaevna lui permet d'entrevoir et d'identifier avec acuité et lucidité tout ce dont elle n'aura jamais que quelques miettes. Sans avenir, sans autre passé qu'une vague enfance dans la ville de N., sans autre nom que son diminutif, Sonetchka traîne son anonymat et son vide sentimental en retrait de Maria Nikolaevna. Être misérable auquel personne ne prête attention, hormis peut-être celle qu'elle désire ardemment blesser, elle souffre dans l'ombre. Sur fond de révolution, présente en creux dans les bouleversements des habitudes de la haute société pétersbourgeoise, L'Accompagnatrice évoque, avec concision et efficacité, les oscillations d'un esprit mesquin entre la haine et l'amour. Et c'est aussi parce que le lecteur comprend que ce n'est ni par ambition ni par méchanceté, mais à cause d'un manque d'amour immense, que Sonetchka jalouse la beauté et le bonheur, qu'il la plaint plus qu'il ne la méprise. --Sana Tang-Léopold Wauters Elle est belle et moi pas. Elle est grande et robuste, moi petite et sèche. Elle a des cheveux noirs et lisses, coiffés en chignon sur la nuque, les miens sont fins et ternes. Elle a en elle une espèce de chaleur, d'étincelle - divine ou diabolique. Elle a le oui et le non précis. Elle rayonne. Tout autour de moi il y a la gloire d'une autre, la beauté d'une autre, le bonheur d'une autre, et je les sais mérités. Si je n'avais pas été dans l'ombre de Maria Nikolaevna, les yeux baissés sur mon piano, j'aurai couru moi aussi la voir dans sa loge à la fin du concert, j'aurai quêté son sourire... Mais je n'ai qu'un rêve : trouver le point faible de cet être fort. La frapper. Parce qu'elle est unique et que des pareilles à moi, il y en a des milliers. Parce ce qu'elle ne sait pas ce que sont la misère et la honte. Parce qu'elle m'aime et que moi, je ne comprends même pas ce que c'est.
Mitio accompagnait Kotia au théâtre, au concert, il se rendait chez elle et y demeurait jusqu'à deux heures du matin. Elle passait aussi parfois chez lui, dans son meublé de la Moltchanovka, et leurs rendez-vous s'écoulaient tout entiers dans le lourd enivrement des baisers. Cependant Mitio ne pouvait se défaire de l'idée qu'une chose terrible s'était enclenchée tout soudain, qu'un changement s'était produit, qu'une transformation s'opérait peu à peu en Katio dans son attitude envers lui. Et une jalousie morbide, folle, va empoisonner les relations entre Mitia, étudiant à l'université de Moscou, et Katia, jeune comédienne du Théâtre d'Art. Tout devient suspect, les heures où la jeune fille se montre soudain plus passionnée, un baiser particulièrement prolongé... " Comment, où avait-elle appris à embrasser ainsi ? " Parti pour quelques semaines à la campagne, dans la propriété familiale, Mitia va attendre une lettre qui ne vient pas, qui vient enfin, mais ce ne sera pas celle qu'il attendait. Tout commence à Moscou, un jour de mars où l'hiver abdique devant le printemps. Mitia, jeune étudiant, s'est épris d'une ravissante apprentie comédienne, Katia. Là où d'aucuns exulteraient, Mitia s'affole ... Cette nouvelle traduction de "L'Amour de Mitia", où le lyrisme tant vanté est tempéré par une vision moins naïve du drame du héros, coïncide avec la publication de textes plus rares de 1930.
«Son mouvement libéra le mari inquiet, qui, rendu à une jalousie active et normale, recommença de penser et se leva sans précipitation pour suivre sa femme.Elle est ici pour quelqu'un, avec quelqu'un. Dans moins d'une heure, je saurai tout.Cent cagoules, violettes ou vertes, lui garantissaient qu'il ne serait ni remarqué, ni reconnu.»
Sur la place Jamâa-El-Fnâ de Marrakech, Salem le conteur brandit un manuscrit : les mémoires d'Ahmed, l'homme-femme. Ahmed est en réalité Zahra, la huitième fille de Hadj Ahmed le potier, qui, humilié de n'avoir engendré aucun héritier, hurle dans tout le pays ce mensonge fou : un fils, non une fille, lui est né. La nuit, Ahmed, intelligent et poète, se débarrasse de sa souffrance dans un grand cahier. Le jour, il choisit la vie et l'aventure et décide de jouir de cette imposture, privilège qui lui épargne la soumission et l'humiliation réservée aux femmes. Passée l'épreuve suprême de l'adolescence - qui signe l'avortement de sa féminité naissante - il se rebelle en accomplissant jusqu'au bout la perversion de son père : il demande une femme en mariage. Tahar Ben Jelloun se fit connaître par Harrouda (1973), jugé alors scandaleux. Il continue de déranger le monde maghrébin en ne cessant d'associer contes, légendes et rites de son pays à des sujets ou personnages tabous : l'enfance saccagée, la prostitution, le fou ou l'homme-femme. La Nuit sacrée, second volet de L'Enfant de sable, reçut le prix Goncourt en 1987. --Laure Anciel Sur une place de Marrakech, un conteur relate l'histoire d'Ahmed, un homme au destin aussi troublant que fabuleux. Élevé dans le mensonge pour sauver l'honneur de son père, Ahmed n'a de masculin que le nom. Un sexe et une condition imposés qu'il finit par revendiquer : à vingt ans, il pousse le zèle jusqu'à s'unir à une fille délaissée, bientôt complice de sa vertigineuse descente aux enfers... Écrivain d'origine marocaine mondialement connu, Tahar Ben Jelloun est né à Fez en 1944. Il a écrit des romans, des essais et des recueils de poésie. Il a obtenu le prix Goncourt pour La Nuit sacrée en 1987 et le prix international IMPAC en 2004 pour Cette aveuglante absence de lumière, également en Points. " Une aventure qui semble sortie tout droit des Mille et Une Nuits. " J. M. G Le Clézio " Alors, j'ai décidé que la huitième naissance serait une fête, la plus grande des cérémonies, une joie qui durerait sept jours et sept nuits. Tu seras une mère, une vraie mère, tu seras une princesse, car tu auras accouché d'un garçon. L'enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme. Il s'appellera Ahmed même si c'est une fille ! J'ai tout arrangé, j'ai tout prévu. On fera venir Lalla Radhia, la vieille sage-femme ; elle en a pour un an ou deux, et puis je lui donnerai l'argent qu'il faut pour qu'elle garde le secret... " Ainsi le pacte fut scellé ! La femme ne pouvait qu'acquiescer. Elle obéit à son mari, comme d'habitude, mais se sentit cette fois-ci concernée par une action commune. Elle était enfin dans une complicité avec son époux. Sa vie allait avoir un sens ; elle était embarquée dans le navire de l'énigme qui allait voguer sur des mers lointaines et insoupçonnées. Le#39;enfant de sable. 8vo. pp. 210. . Perfetto (Mint). . Prima edizione (First Edition). .
Dans un village près de la mer, dans les marais et le vent, un matin de décembre, l'enterrement d'Alain. La famille n'a avoué de la mort ni comment ni pourquoi, et la journée s'en va de travers, comme avait fait la vie qu'on devine et reconstruit. Moment de bascule où se clôt un cycle, avant les forces neuves du recommencement : celui qui ici est tombé, tandis qu'un autre, son ami, doit continuer. Pour reconstituer au plus près cette journée blanche et rapide, trois heures d'une hallucinante scène réelle, l'auteur est revenu vivre dans son village natal de Vendée.
Née au Cameroun, elle a fait ses études en Afrique, en Espagne et en France, puis s'est installée à Paris. Elle est devenue l'une des plus belles voix de la littérature africaine contemporaine. Ses romans nous content avec brio le continent africain et la France. Elle a obtenu le Grand Prix de l'Académie française 1996. Mégri a les cheveux rouges et au moins deux papas. Un bâtard gréco-bantou dit Papa bon Blanc qui n'a pas d'argent mais un pied bot et le crâne ciré à la brillantine. Un Pygmée au grand cœur dont le portefeuille est toujours plein et qui s'appelle Kwokwomandengé pour vous servir. Il est vrai que Bertha, Dame maman, possède suffisamment de " charmes " pour les faire vivre dans l'esclavage et les rendre aussi malheureux l'un que l'autre. L'éducation sentimentale de Mégri n'est donc pas des plus ordinaires. Une éducation sentimentale africaine qui n'est pas seulement un apprentissage de son corps et de son cœur mais une initiation aux mystères de l'être et de la nature. Ici, " les choses sont derrière les choses ", et les dieux sont toujours à portée de la main. Ce conte de fées, plein de bons et de mauvais diables, de sorciers et d'animaux, nous révèle une Afrique d'autant plus inconnue qu'elle dissimule ses secrets sous l'aveu de ses fausses évidences. 309pages. 17,4x12x2cm. Poche. Traduit de Sénès Florence -Illustrations de Jankovics györgy.
" Rappelez-vous ! J'ai été une enfant à l'identité trouble et vacillante. J'ai été une fille masquée par la volonté d'un père qui se sentait diminué, humilié parce qu'il n'avait pas eu de fils. Comme vous le savez, j'ai été ce fils dont il rêvait. Le reste, certains d'entre vous le connaissent ; les autres en ont entendu des bribes ici ou là. Ceux qui se sont risqués à raconter la vie de cet enfant de sable et de vent ont eu quelques ennuis : certains ont été frappés d'amnésie ; d'autres ont failli perdre leur âme. On vous a raconté des histoires. Elles ne sont pas vraiment les miennes. Même enfermée et isolée, les nouvelles me parvenaient. Je n'étais ni étonnée ni troublée. Je savais qu'en disparaissant je laissais derrière moi de quoi alimenter les contes les plus extravagants. Mais, comme ma vie n'est pas un conte, j'ai tenu à rétablir les faits et vous livrer le secret gardé sous une pierre noire dans une maison aux murs hauts au fond d'une ruelle fermée par sept portes. " Ahmed, " l'enfant de sable ", a grandi. Il (ou elle) a vieilli et prend, à son tour la parole. Dans cette Nuit sacrée, Tahar Ben Jelloun livre peut-être la clé de l'un de ses romans les plus troublants de ces dernières années. L'Enfant de sable avait été salué par toute la critique et lu par des dizaines de milliers de lecteurs. Prix Goncourt en 1987
Edène, la narratrice, est née en l’an VI avant la guerre de 1914. Elle est la fille d’Assanga Djuli, un chef de village camerounais, fier et haut comme un baobab. Devenue presque centenaire, elle fait au cours de seize veillées la chronique de ce qu’elle a vu. Et Dieu sait qu’elle en a vu ! La rencontre heurtée, violente de deux mondes, au cours des colonisations allemande puis française. Les paradoxes d’un pays pris entre son mode de vie ancestral, ses croyances, ses guerres tribales, et l’irruption du xxe siècle européen. Tout cela vécu par de multiples personnages qui hantent sa mémoire : Fondamento de Plaisir, la « sorcière » luxurieuse et hypocrite ; Awono, le guérisseur ; « Chrétien n¡ 1», le premier baptisé du village, qu’elle s’est efforcée de séduire. Et encore Michel-Ange de Montparnasse, un soldat français qui tente la gageure de se fondre dans la communauté en y prenant femme… Truculente, lyrique, drôle ou révoltée, Calixthe Belaya fait entendre une des voix les plus fortes de la jeune littérature francophone, consacrée avec Les Honneurs perdus par le Grand Prix du roman de l’Académie française.
"On m'appelle Loukoum et j'ai maintenant douze ans. Depuis Le Petit Prince de Belleville, beaucoup de choses ont changé : j'ai une nouvelle maîtresse, je parle beaucoup mieux le français, je suis plus que jamais amoureux de Lolita, mais la vie n'est pas tous les jours facile. Surtout quand Maman décide de prendre un amant, un Blanc par-dessus le marché, et qu'elle .se met à vouloir apprendre à lire et à écrire. La liberté des femmes, c'est de la mauvaise graine. Elle pousse n'importe où, même entre leurs cuisses. C'est mon papa qui le dit. Et quand tout Belleville a appris la nouvelle, il n'a pas été le seul à le penser. Les Nègres en sont restés la langue dehors, les yeux sortis de la tête... Mais je vais tout vous raconter.".
De son vivant et au-delà, la personnalité de Marie-Antoinette n'a cessé de susciter légendes, suppositions et calomnies. S'appuyant sur une lecture nouvelle et rigoureuse des sources, Simone Bertière restitue ici sa vérité psychologique et historique à la dernière de ses "Reines de France". Ni douce ni soumise, Marie-Antoinette fut au contraire une femme rebelle aux servitudes écrasantes de sa fonction, aspirant à une vie indépendante et conforme à ses goûts. La volonté et l'énergie dont elle fit montre longtemps pour des objets frivoles - sources de son impopularité - lui valurent d'atteindre, dans les épreuves, à une authentique grandeur. Sa mère, l'impératrice d'Autriche, Louis XV vieillissant et la comtesse du Barry, Axel de Fersen, Mirabeau, et bien d'autres figures capitales de l'époque paraissent dans ces pages où revit un quart de siècle d'histoire, abordé hors de tout esprit partisan. Sur le roi Louis XVI, les documents analysés par Simone Bertière apportent des révélations et, pour la première fois, l'histoire du couple apparaît sous son vrai jour. Le Prix des Maisons de la Presse 2002 a couronné ce livre, sixième et dernier volume d'une fresque historique au succès croissant, qui a déjà valu à son auteur le grand prix d'histoire Chateaubriand - La Vallée-aux-Loups, le grand prix de la biographie de l'Académie française et le prix des Ambassadeurs.
L'origine du mal. Justification du mal et théodicée. L'expérience du mal. Explication et sécularisation du mal. L'attitude de l'homme face au mal.
Ce n'est pas toute la vie de Sarah qui nous est contée ici, mais seulement les quatre premières décennies de sa carrière - jusqu'aux années 1880 (la comédienne en 1907 annonçait un second volume de ses Mémoires, qui ne verra jamais le jour). Autrement dit : l'histoire de son ascension jusqu'à la plus haute marche du succès - jusqu'à la conquête de Paris. Une histoire presque trop belle pour être vraie, dont tous les épisodes pourtant sont marqués par un réel souci d'exactitude : si Sarah enjolive certains traits, si elle fait silence sur une partie de ses amours, elle était trop surveillée par ses contemporains pour se laisser aller à tricher avec la réalité. et d'ailleurs son caractère entier, indomptable même, répugnait à ces accommodements. Pour nous qui découvrons cette histoire un siècle plus tard, ce qui frappe d'abord, c'est la virulence d'un milieu où la vacherie était de rigueur. C'est que le théâtre était alors la voie royale de la gloire : l'étincelant boulevard où le pouvoir et l'argent trouvaient sinon à se justifier, en tout cas à séduire leur monde. Sarah nous fait visiter les coulisses de ce monde qui déborde de très loin le strict domaine des planches, et nous en apprend de belles. Mais le plus émouvant, le plus étonnant dans ce livre reste malgré tout son aventure à elle, qui n'a au fond pas grand-chose à voir avec l'imagerie galante si fort en honneur dans ce milieu. Bien sûr Sarah fascine ces messieurs, bien sûr il lui arrive de leur céder, mais c'est sa tête qui la gouverne - et qui lui fait discerner avec une tranquille assurance les vraies et les fausses valeurs, les effets de mode et les oeuvres faites pour durer. Le chemin pourtant ne fut pas facile : d'une famille qui ne s'occupait pas d'elle jusqu'aux salons où personne ne l'attendait et où l'on commence par la regarder de haut, du couvent pour jeunes filles où elle rêve de se faire nonne jusqu'à la Comédie-Française où elle entre à dix-huit ans - et d'où elle part quelques mois plus tard avec fracas (elle a giflé une vieille sociétaire qui exige des excuses - qu'elle n'a nullement l'intention de donner). Par une de ces bizarreries à quoi l'Histoire - c'est-à-dire la convention - nous a habitués, on associe volontiers le nom de Sarah Bernhardt à la Belle Époque. Or si elle publie son livre en 1907 (à 63 ans), l'aventure qui fut la sienne se déroule pour l'essentiel sous le Second Empire - à l'endroit duquel elle n'est pas tendre - et dans les années de la République naissante. Les gens qu'elle fréquente d'abord, ceux qui la « lancent », ce sont les derniers Romantiques : Hugo qui la choisit pour la reprise de Ruy Blas et de Hernani, George Sand avec qui elle monte un spectacle. En réalité, elle est à soi seule un « pont » jeté entre la grande littérature du XIXe siècle et ce qu'on appelle la modernité - et elle se trouve tout à fait consciente de ce rôle. Pourtant ce n'est pas cette gloire-là (la plus éclatante aux yeux des contemporains) qui nous frappe à la lecture de son livre, mais cette autre lumière, tellement plus étrange, qui émane de la face « cachée » de sa personnalité. Car au sein de cette vie par force « dédoublée », la femme finalement domine l'actrice - et c'est là peut-être la vraie surprise de cette autobiographie. Sarah Bernhardt y apparaît en effet comme une personnalité très libre, impatiente de briser les tabous qui ont contraint sa jeunesse, et pour tout dire incroyablement en avance sur son temps. Le scandale (parfois savamment orchestré par ses soins) sera bien sûr la rançon de cette attitude peu conformiste, provocatrice même. Elle s'en accommode d'autant mieux qu'elle se lance dans les batailles en choisissant toujours les positions les plus difficiles, et en s'y tenant avec une fidélité exemplaire - ainsi de son soutien courageux à Zola au moment de l'affaire Dreyfus. Bref, on l'aura compris, ce livre « double » n'est pas qu'une leçon d'histoire, c'est aussi et surtout une formidable leçon de vie.Réédition de Ma double vie de Sarah Bernhardt (à qui la Bibliothèque Nationale consacre en ce moment une importante exposition). Les dessous du Second Empire et de la Belle Époque évoqués par celle qui fut pendant un demi-siècle la vraie reine de Paris. Mais surtout la révélation d'une personnalité hors de pair, « libre » comme aucune autre femme de son temps. Le livre qu'elle considérait comme sa seule oeuvre. Elle ne supportait pas qu'on tienne la plume à sa place. Parvenue au faîte de sa carrière (1907), elle a tenu à rédiger - et à rédiger seule - ses Mémoires d'actrice... et d'inspiratrice de toute une époque. Un livre considéré comme un classique du genre, où Sarah révèle à la fois une personnalité incandescente et un rare tempérament d'écrivain : en un temps où le style " fleuri " était de rigueur, elle pratique une écriture nue, incisive ; et surtout elle affirme un caractère épatant, d'une liberté inimaginable pour l'époque. Même les amateurs de scandale ne seront pas déçus : une jeune fille de dix-huit ans qui fait ses débuts sur les planches en giflant un sociétaire de la Comédie-Française ne saurait être, à la lecture en tout cas, une personne de mauvaise compagnie... Une promenade dans les coulisses de la Belle Époque, et une formidable leçon de vie.
Un gaillard de père. En quête de la fortune. A la croisée des chemins. La passion selon Ninon. La métamorphose. Le salon de Ninon. La grande désillusion
R160155611. UN HEROS TRES DISCRET. 1996. In-8. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais. 272 Pages. . . . Classification Dewey : 840.091-XX ème siècle
Née en 1967 à Rennes, Nina Bouraoui est une auteure de tout premier plan qui a reçu en 1991 le prix du Livre Inter pour "La Voyeuse interdite". Son travail pose la question des limites entre la fiction et l'autobiographie et s'enracine dans l'interpénétration de modes d'expression et d'invention de soi qui ne sont bien sûr pas étanches. Dans ce très beau livre, où l'on retrouve l'écriture à fleur de peau, en urgence, de Nina Bouraoui, l'écrivaine poursuit sa quête introspective à partir du récit de ses rendez-vous hebdomadaires, sur une période de trois ans, avec le "docteur C". Ce livre se donne donc à lire comme un récit de récits, avec à la clé toutes les préoccupations de l'auteure : l'identité sexuelle, l'identité culturelle (Nina Bouraoui revendique à la fois, et contradictoirement, sa double appartenance à la France et à l'Algérie, comme une double naissance), sa famille, ses amours et son entourage, dont feu l'écrivain Hervé Guibert, les pouvoirs de la littérature et le langage comme lieu de la vérité existentielle. "Mes Mauvaises pensées" est donc moins le récit d'une thérapie qu'une confession littéraire où l'amour est le maître mot. « Pendant trois ans, je me suis rendue une fois par semaine chez le docteur C. À chaque séance, j’avais l’impression de lui donner un livre, il s’agissait toujours de liens, de séparations, de rencontres, à chaque séance, je construisais et déconstruisais un édifice amoureux. Mes Mauvaises Pensées est le récit de cette confession, j’ai voulu raconter le métier de vivre et le métier d’aimer. Ce n’est pas le récit d’une thérapie, ce n’est pas une légende, c’est un roman parce que c’est une histoire rapportée ; c’est l’histoire de ma famille, de l’Amie, de la Chanteuse, d’Hervé Guibert, c’est l’histoire de mes deux pays. Je n’ai jamais quitté l’Algérie, on m’a enlevée à l’Algérie, je n’ai jamais fait mes adieux, j’ai appris à devenir en France et je crois que je suis née deux fois. Mes Mauvaises Pensées est aussi mon retour vers le pays où j’ai laissé quelque chose qui n’a jamais cessé de grandir dans mon dos, et qui n’a jamais cessé de m’effrayer. » Nina Bouraoui " Avez-vous des grains de beauté ? Des cheveux blancs que vous teignez ? Pratiquez-vous un sport ? Prenez-vous des coups de soleil ? Faites-vous l'amour la veille ou le matin de nos séances ? En gardez-vous une trace ? Est-ce que je suis jalouse ? Avez-vous eu des relations sexuelles avec une autre femme ? Avez-vous peur de la nuit ? De l'amour ? Comment se prénomment vos enfants ? Etes-vous une mère douce ? Combien de baisers par jour ? Quels sont vos mots sur moi ? Quel est mon dossier ? Me trouvez-vous jolie ? Intelligente ? Perdue ? Avez-vous fixé ma voix sur une bande magnétique ? Dois-je vous avouer qu'il m'arrive de rêver de vous ? "
Sous les saules pleureurs, des chats s'accouplent, griffent la terre et hurlent d'impuissance. Une femme garde les morts.Le cimetière s'agence en allées, en sections, en divisions. La nuit, munie d'une lampe, la femme parcourt les travées et s'arrête sur les lits de pierres. Entre les tiroirs de cendres, les chapelles et leurs petites niches, elle se souvient de son enfance : une fillette a fait voeu de cruauté.La femme fuit la vie qui déborde de rires. Les temps se mélangent. Les visiteurs des tombes se pressent à la grille pour la prière ou la petite histoire et la mémoire crie, indécente comme le corps d'un enfant sous terre.
"L'histoire se répète de manière caricaturale", écrit Grégoire Bouillier. Si la phrase est presque un adage, elle est, pour l'auteur de Rapport sur moi, une réalité quasi mathématique. Sa vie semble en effet s'organiser autour d'événements qui en appellent immanquablement d'autres. Mieux : Grégoire Bouillier vit une existence symétrique où enfance et âge adulte se répondent. Et c'est avec la rigueur d'un psychanalyste lacanien qu'il sait établir des liens riches de sens, de cruauté et d'humour. Point de psychologisme. Au contraire. Une écriture aiguë. Exigeante. Qui sait transformer les souvenirs personnels en scènes à portée universelle. Des scènes si écrites que l'on se surprend parfois à se demander si Grégoire Bouillier n'est pas davantage le personnage que l'auteur de son autobiographie... Un livre remarquable d'intelligence en tout cas. À mettre au rang des grands ouvrages autobiographiques tels qu'Enfance de Nathalie Sarraute et surtout L'Âge d'homme de Michel Leiris. Un pur régal. --Isabelle Magnien Le lien entre les épisodes de ce Rapport sur moi, le fil conducteur secret de cette vie sont sans doute à chercher du côté des pouvoirs du langage : ou comment des staphylocoques dorés attrapés à quatre ans en buvant de l'eau croupie peuvent déterminer une relation avec une certaine Laurence. C'est ainsi que Grégoire Bouilllier fait surgir les lois souterraines de l'existence et, ce faisant, invite son lecteur à reconsidérer sa propre vie sous un angle nouveau. Intimiste, ce récit bouscule et surprend par sa franchise. Une leçon de littérature. La fiction et l'autobiographie étant des genres poreux, on tirera un certain plaisir à se demander si Rapport sur moi, premier livre « sur lui » de Grégoire Bouillier, dessine la trame véritable des jours de l'auteur ou s'amuse à inventer de toutes pièces une vie extravagante par endroits. hypothèse la plus plausible au regard de ce texte extrêmement piquant, et, qualité rare, subtil. On est touché par l'honnêteté et l'universalité de ce court texte qui a été sélectionné pour le prix de Flore et le prix Décembre.
1959-1960 : [roman]
« J'ai commencé dans la vie comme enfant trouvé par erreur. Volé avec la voiture, en fait... C'était une Ami 6 de race Citroën, alors on m'a appelé Ami 6, en souvenir. Avec le temps, pour aller plus vite, c'est devenu Aziz. » Recueilli par les Tsiganes des quartiers nord de Marseille, Aziz est un sans-papiers de naissance. À dix-huit ans, n'ayant pas les moyens de s'acheter un faux passeport français, il s'offre la nationalité marocaine, et sa vie bascule. Expulsé vers son prétendu pays « d'origine », dans le cadre d'une grande opération médiatique du gouvernement français, il se retrouve dans le Haut-Atlas en compagnie d'un attaché humanitaire chargé de le « réinsérer dans ses racines ». Avec ce voyage initiatique aussi drôle que poignant, cette histoire d'amitié imprévisible entre un petit délinquant seul au monde et un fonctionnaire idéaliste en dépression nerveuse, Didier van Cauwelaert a signé son plus grand succès, traduit en vingt-cinq langues, couronné par le prix Goncourt.
" Il avait épousé Maria Pascoal dans le but de cultiver ce qu'il y a de plus pénible dans une alliance. L'amour qui les réunissait était à la limite, presque, de l'indifférence, et cela le rendait plus fort que toutes les passions embellies de brillants prétextes, comme la beauté, la richesse et le talent. Et pourtant, c'était cette femme qui avait écrit le livre fameux que Léon avait dû revêtir comme un gant. C'est elle qui l'avait appelé Un chien qui rêve, et rien ne lui convenait mieux. Sauf dans les rares moments où il semblait bondir et gémir de joie, il restait immobile, mi-éveillé, mi-somnolent, poussant de temps en temps de petits grognements, comme s'il poursuivait une proie trop rapide et difficile ". Un récit prétexte à une fulgurante analyse du sentiment amoureux, dans lequel Agustina Bessa-Luis dessine la complexité des relations affectives, et avec sa lucidité habituelle, met à jour, grâce à son écriture lumineuse, la course de chacun après la vérité. Traduction du portugais: Françoise Debecker-Bardin C'est l'histoire d'un bourgeois apathique et solitaire. Un homme sans ambition. Un provincial qui répond au nom de Léon Geta et qui a hérité, d'un père paraplégique et grincheux, argent et hôtels particuliers. Après la mort de sa mère, de sa marâtre et de Maria Pasquale sa femme, il découvre le journal intime que cette dernière avait écrit en six ans de mariage, union marquée par l'indifférence et le désamour total. Léon Geta publie le manuscrit sous son propre nom, et la célébrité ne tarda pas à venir. Le pire, c'est qu'il ne l'avait jamais lu auparavant. Lui, comme un " chien qui rêve ", souvent endormi et retiré de la foule, vivait obsédé par la complexité de la vie et des sentiments. Cette "chose impossible", "l'amour humain", est bien le sujet de ce roman, où, avec la lucidité qu'on lui connaît, impitoyable, séduisante, et son style, classique, impeccable, Bessa-Luis met au jour les méandres des sentiments et la singulière recherche, pour chacun, de la vérité.