Alliance Française de Philadelphie Library Catalogue
Alger. Une charrette cahotée dans la nuit transporte une femme sur le point d'accoucher. Plus tard, naît le petit Jacques, celui-là même que l'on retrouve dès le second chapitre, à 40 ans. Devant la tombe de son père, visitée pour la première fois, il prend soudain conscience de l'existence de cet inconnu. Dans le bateau qui l'emporte vers sa mère à Alger, commence la brutale remontée dans cette enfance dont il n'a jamais guéri. Les souvenirs de l'école, de la rue et de la famille jaillissent, faits de soleil et d'ombre. Mais à l'ombre et à la misère, il découvre qu'il a répondu, toujours, par une "ardeur affamée", une "folie de vivre" indéfectibles malgré ce père qui lui a manqué. Le Premier homme est le roman auquel travaillait Camus au moment de mourir. Les nombreuses notes en bas de page, hésitations ou rajouts de l'écrivain retrouvés dans son manuscrit sont un émouvant témoignage de l'oeuvre en cours. Une oeuvre ambitieuse, aux accents autobiographiques évidents, dans laquelle Camus a cherché à dire ses "raisons de vivre, de vieillir et de mourir sans révolte". Laure Anciel "En somme, je vais parler de ceux que j'aimais", écrit Albert Camus dans une note pour Le premier homme. Le projet de ce roman auquel il travaillait au moment de sa mort était ambitieux. Il avait dit un jour que les écrivains "gardent l'espoir de retrouver les secrets d'un art universel qui, à force d'humilité et de maîtrise, ressusciterait enfin les personnages dans leur chair et dans leur durée".Il avait jeté les bases de ce qui serait le récit de l'enfance de son "premier homme". Cette rédaction initiale a un caractère autobiographique qui aurait sûrement disparu dans la version définitive du roman. Mais c'est justement ce côté autobiographique qui est précieux aujourd'hui.Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée. Publié pour la première fois, le manuscrit inachevé du grand roman auquel l'écrivain travaillait pendant la dernière année de sa vie
L'idée de Sam était folle. Georges l'a suivie. Réfugié grec, metteur en scène, juif en secret, Sam rêvait de monter l'Antigone d'Anouilh sur un champ de bataille au Liban. 1976. Dans ce pays, des hommes en massacraient d'autres. Georges a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre. Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s'affrontaient. Son idée ? Jouer Anouilh sur la ligne de front. Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. Les Chiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu'une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Un éclat de poésie et de fusils baissés. Tous ont accepté. C'était impensable.Et puis Sam est tombé malade. Sur son lit d'agonie, il a fait jurer à Georges de prendre sa suite, d'aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de jouer cette unique représentation. Georges a juré à Sam, son ami, son frère.Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines. C'était bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a sauté à la gorge. L'idée de Sam était folle. Et Georges l'a suivie. « L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronnage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »
Un feu dévore un autre feu, un grand roman d'amour, un drame de la passion, enchâssé dans un drame social dont les vingt dernières années nous ont fourni de bouleversants exemples. Imaginaire, se déroulant dans un pays non précisé, en vingt-six jours, cette histoire, où l'amour triomphe malgré tout, emprunte ses passages les plus intenses au tragique le plus réel de notre temps.
Pourquoi Elsa Labbé a-t-elle, soudain, choisi de raconter sa vie à un inconnu ? Tout semblait pourtant en paix, dans le destin de cette femme de quarante-huit ans : son métier de psychologue la passionne ; elle adore sa fille ; elle ne doute pas, de surcroît, que le savoir puisse résoudre la plupart des désarrois qui risquent, à l'occasion, de tourmenter l'ordre d'une vie. Elsa va découvrir que sa fille se drogue, qu'elle est presque perdue - mais est-ce la véritable raison de son trouble ? Bientôt, Elsa sera précipitée contre elle-même, contre un passé négligé qui se venge. Dans cette aventure, Elsa rencontrera des complices et des fantômes. Elle apprendra que la passion et l'émotion ne se laissent jamais soumettre. Elle apprendra que la passion et l'émotion ne se laissent jamais soumettre. Elle apprendra surtout qu'il faut parfois consentir à leurs débordements, à leurs grands désordres, afin de s'accepter, dans la douleur des renaissances, telle qu'on est.
"En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l'ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci ne veut pas dire, on le verra d'ailleurs, que Les Justes soient une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J'ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai... La haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles comme une intolérable souffrance est devenue un système confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu'elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre - et pour dire ainsi où est notre fidélité." Albert Camus. Ne pleurez pas. Non, non, ne pleurez pas ! Vous voyez bien que c'est le jour de la justification. Quelque chose s'élève à cette heure qui est notre témoignage à nous autres révoltés : Yanek n'est plus un meurtrier. Un bruit terrible ! Il a suffi d'un bruit terrible et le voilà retourné à la joie de l'enfance.
Un de ces romans qui agrippent, fascinent, ne vous laissent de repos que lorsque vous posez les yeux sur les derniers mots. Il s'ouvre sur une sombre impasse pavée que la narratrice arpente trois fois par semaine, au rythme de l'analyse qu'elle décide d'entreprendre. Sa détresse est telle que les médecins et leurs prescriptions ne peuvent, n'ont jamais rien pu pour elle. La solution est ailleurs, dans les méandres de son passé qu'elle se décide à forer, au risque d'endurer au début des souffrances plus dévastatrices, semble-t-il, que le mal. Alors, peu à peu filtre la lumière. Celle que la conscience met à jour, réduisant l'angoisse, anémiant la névrose, acculant le silence aux mots. Ces Mots pour le dire sont précisément l'un des plus grands succès de cet ex-professeur de philosophie, journaliste à L'Express et à Elle. Il s'agit d'un cas vécu, l'expérience de la souffrance aux confins de la folie, animée cependant d'une vitalité, d'une force de caractère et d'une clairvoyance exemplaires. --Laure Anciel La jeune femme que nous découvrons dans Les Mots pour le dire est un être physiquement et moralement désemparé, au bord de la folie. Jusqu’au jour où elle se décide à confier son destin à un psychanalyste. Il s’agit ici d’un cas vécu, particulièrement pénible. Fasciné, le lecteur subit la puissance de ce livre où se manifestent le tempérament d’une femme et le talent d’un écrivain. Cet ouvrage a obtenu le prix Littré 1976.
Vipère au poing, c'est le combat impitoyable livré par Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, et ses frères, à leur mère, femme odieuse, surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d'Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d'emblée parmi les écrivains les plus lus de l'époque.
Tome II
Le drame d'un impossible amour
Le jour de ses vingt-cinq ans, Balthus Zaminski, ogre de son état, promit à son valet de ne plus manger d'enfants. Cette fois, c'était la bonne, il s'amendait. Balthus n'était pas un ces ogres grossiers et braillards du temps jadis. Non, c'était un gentleman, un jeune homme de bonne famille qui raffolait de la grande musique, du cinéma et surtout de la mode. Hélas, le vice ancestral ne pouvait le quitter si vite et bientôt Balthus, à la vue d'un marmot et malgré son serment se remit à saliver, à gronder, gagné par un irrésistible appétit. Alors, son domestique et tuteur l'emmena consulter des spécialistes, le confia à un professeur de yoga, lui administra des tranquillisants. Il devait bien exister un traitement capable de soigner son maître ! Mais guérit-on jamais d'être un ogre ? Pascal Bruckner signe ici deux contes d'enfants pour adultes, entre humour et férocité.
Voici le Journal d'un écrivain de génie dont la prose poétique ressuscite l'enfance sur les grèves et dans les bois, les jours de gloire et les amours. C'est aussi le journal d'un grand homme politique qui a connu la Révolution et l'exil avant d'être le familier d'un empereur et de deux rois, qui démissionne au nom de sa conscience, et pour lequel la politique n'est rien si elle n'est pas religion. Visionnaire, il prévoit le Xxe siècle et la démocratie. C'est encore le journal d'un voyageur infatigable dans l'Ancien comme dans le Nouveau Monde. C'est enfin le journal d'un grand chrétien pour qui Dieu explique l'homme et la création. Chateaubriand a été pauvre et riche, puissant et faible, heureux et misérable. Comme la mer, " son berceau et son image ", il change sans cesse, passant du désespoir à la confiance, de la solennité à l'espièglerie. " Tel quel, avouait Sainte-Beuve, ce livre est quelque chose d'unique. "
Voici le journal d'un écrivain de génie dont la prose poétique ressuscite l'enfance sur les grèves et dans les bois les jours de gloire et les amours. c'est aussi le journal d'un grand homme politique qui a connu la révolution et l'exil avant d'être le familier d'un empereur et de deux rois qui démissionne au nom de sa conscience et pour lequel la politique n'est rien si elle n'est pas religion. visionnaire il prévoit le xxème siècle et la démocratie. c'est encore le journal d'un voyageur infatigable dans l'ancien comme dans le nouveau monde. c'est enfin le journal d'un grand chrétien pour qui dieu explique l'homme et la création. chateaubriand a été pauvre et riche puissant et faible heureux et misérable. comme la mer son berceau et son image il change sans cesse passant du désespoir à la confiance de la solennité à l'espièglerie. tel quel avouait sainte-beuve ce livre est quelque chose d'unique.
Musique barbare Qui est donc ce Boris Groen, dont l'opéra Le Pain du géant fait sensation dans le Londres des années 20 ? Est-il vrai qu'il soit, comme on le murmure, russe et même bolchevik ? Le récit remonte alors de trente années en arrière pour nous dévoiler l'étonnante histoire d'un petit garçon qui détestait la musique et finira pourtant par tout lui sacrifier, la maison ancestrale, ses amis, ses amours... et son identité. C'est en 1930, quatre ans après le célèbre Meurtre de Roger Ackroyd, qu'Agatha Christie décide de s'essayer au roman "pur" sous le nom de Mary Westmacott.. Cette oeuvre suprenante sonne comme un écho de sa propre passion - et de sa vocation abandonnée - pour la musique. Drôle et cruelle à la fois, Miss Westmacott montre dans cet ouvrage sans crimes mais non sans victimes une énergie, une légèreté, une rapidité auxquelles la reine du roman-Problème ne nous avait pas habitués... Michel Grisolia, L 'Express On écoute, incrédule et fasciné, Agatha la secrète. Pierrette Rosset, Elle.
" Illusions perdues " : Le titre est explicite. Voici un roman réaliste. Pour mieux saisir tous les aspects de ce chef-d'œuvre, on trouvera ici les " Préfaces de Balzac ", divers textes autour de thèmes qui lui sont chers : Femmes " supérieures ", ambitieux, vie de bohème. Enfin, un point sur la genèse du roman et le destin de ses personnages à travers toute " La Comédie Humaine ".
Voici un Simenon méconnu. Un Simenon qui quitte l'Europe en 1945 et va vivre en Amérique dix années cruciales. Un Simenon qui s'acclimate à la neige du Canada, à la chaleur de la Floride, au désert de l'Arizona. Un Simenon qui découvre la passion et se remarie, se brûle aux filles mexicaines et aux call-girls de New York. Un Simenon, côté bourbon et Coca-Cola, qui signe des contrats à Hollywood et des romans essentiels, s'obstinant à scruter l'homme vrai même sous ces nouvelles latitudes. Dix ans d'un Simenon plongé dans cette Amérique qui invente le transistor, la télévision, l'ordinateur, la beat generation, le rock, la délinquance et la culture de l'autoroute. Sur cet exil de dix ans (1945-1955), Michel Carly a mené l'enquête. On connaissait l'épisode par la biographie très complète de Simenon écrite par Pierre Assouline, Carly nous le détaille d'outre-Atlantique, l'américanise à plein, en resituant sans cesse les faits et gestes du créateur de Maigret dans la culture des Etats-Unis. Il en rajoute, même, pour camper le décor, l'ambiance. Mais, grâce entre autres à sa complicité avec John Simenon, le fils de Georges, qui l'a accompagné sur les routes américaines, son récit, truffé de détails, donne des informations inédites.
Tomber au fond d'un trou, rapetisser et grandir soudainement, passer de l'autre côté d'un miroir... Suivre les aventures d'Alice, c'est franchir la barrière du réel et faire l'expérience déconcertante du rêve et de l'absurde. Des parties de croquet d'Alice au pays des merveilles (1865) aux parties d'échecs de L'Autre Côté du miroir (1871), Lewis Carroll nous fait pénétrer dans un monde fabuleux et chaotique où fleurissent l'illogisme et la déraison. En prenant systématiquement le parti de l'enfance, il ridiculise les institutions des adultes et restitue par les déformations du rêve toute l'étrangeté du monde réel.
" Roman misérabiliste, récit larmoyant ? C'était l'écueil. Mais la vieille dame n'est pas de la race qui se lamente ou qui s'apitoie. Elle promène une force tranquille, une santé à toute épreuve, une joie même étonnante. Dans ce monde des campagnes qui ne croit qu'à Dieu et à l'autorité, elle professe féminisme, anarchisme et pacifisme. Comme ses petits-enfants, aujourd'hui. Elle n'accepte aucune fatalité, aucune soumission. Et se bat au nom d'un idéal que rien n'entamera. " Janick Jossin, L'Express " Que l'on n'attende pas de cette Soupe aux herbes sauvages une aimable collection d'historiettes pittoresques, un florilège de traits campagnards, vieilles tisanes et vieilles lunes. Emilie Carles, au terme de ses jours, a pris la plume comme on prend son épée : pour combattre les préjugés, pourfendre les puissants et les riches, dire leur fait aux malins. " Bruno Frappat, Le Monde " Son livre est formidable. Elle ne cherche pas à faire littéraire, et elle y est en plein, du premier coup. Allez-y carrément. " Cavanna, Charlie Hebdo
Voyages dans le temps et l'espace, ces vagabondages suivent les pérégrinations parisiennes de quelques écrivains illustres. Abandonnant aux érudits le commentaire de leurs chefs-d'œuvre pour se consacrer à la baguenaude en compagnie de ses auteurs favoris, l'auteur sillonne les lieux de leurs promenades, accompagne leurs visites, leurs déménagements, tente de discerner les motifs sentimentaux, familiaux, ou financiers de leurs déplacements dans le Paris de leur époque. Certains auteurs sont éliminés de ce florilège : ce sont des Parisiens sédentaires. En revanche, Chateaubriand, Hugo, Stendhal, Daudet, Simenon et quelques autres ont manifesté une bougeotte citadine. Proust lui-même, pantouflard claquemuré dans sa chambre de liège du boulevard Haussmann, a déambulé comme un s.d.f., victime des aléas du négoce immobilier. Léon-Paul Fargue, piéton de Paris légendaire, exprimait, après tant d'indolentes flâneries, un vœu qui anticipait cet ouvrage : s Il y a des années que je rêve d'écrire un "plan de Paris" pour personne de tout repos, c'est-à-dire pour des promeneurs qui ont du temps à perdre et qui aiment Paris. "
Si Eve-Marie a quitté l'Afrique pour Paris-Belleville c'est en pensant aux valeurs de la République française : "Liberté, égalité, fraternité". Mais pour être libre, encore faut-il avoir un travail et un mari. Le travail, Eve-Marie l'a trouvé. Il consiste à vendre ses sublimes fesses à bas prix, d'où son joli surnom « Mademoiselle Bonne-Surprise » ! Pour le mari, c'est une autre affaire. Car, en quittant son pays, Eve-Marie n'a pas perdu sa couleur, noire comme l'ébène. Alors, aux trois piliers de la démocratie, elle a ajouté une devise : la mixité. Son mari, elle le veut couleur locale, blanc comme neige ! Entre humour et désespoir, Calixthe Beyala narre la chronique douce-amère d'une communauté haute en couleurs, partagée entre des traditions séculaires et l'adaptation parfois douloureuse à une terre étrangère. Car jusqu'où doit aller le désir d'intégration ? La mixité est-elle forcément vouée à la réussite ? Pas si sûr... Un roman émouvant, dérangeant, et loin du politiquement correct, par l'auteur des Honneurs perdus, Grand Prix du roman de l'Académie française. Eve-Marie a quitté l'Afrique pour la France. Habitant dans le quartier de Belleville, elle travaille aux Belles-Parisiennes, sous la surveillance de M. Trente pour Cent, vendant son "immense derrière de négresse à prix modéré", ce qui lui vaut le surnom de "mademoiselle Bonne Surprise". Pléthore, un client qui a lu trop de livres, devient rapidement son mari. Entre humour et tristesse, Calixthe Beyala raconte la chronique douce-amère d'une communauté, incarnée dans les figures d'Eve-Marie et de sa mère venue du Mali, partagée entre le souvenir de traditions séculaires et un désir d'adaptation au pays étranger. Dans ce festival de personnages et d'événements, elle soulève les problèmes de l'intégration, de la mixité et de leurs limites.
Cameroun. Terre pétrie de sentines, embrochée de lianes et de marigots, asile de superstitions et de serpents boas... Au milieu, un village " cocorico misérable ", un coin de brousse écrasé de soleil, de poussière. On sarcle les champs, on prépare le nfoufou, on rêve de lendemains meilleurs, ailleurs. Assèze grandit là, entre mère et grand-mère. Herbe folle parmi tant d'autres. Puis Awono est arrivé dans sa belle auto noire. Quant il repart pour la ville tout est dit. Assèze ira vivre chez lui, à Douala. Là-bas, l'attend Sorraya, sœur inconnue tant désirée, si vite détestée... Des lumières crues de Douala aux clandés parisiens, de la chaleur africaine aux puants frimas du métro, la route d'Assèze est chaotique et multicolore. Ses rêves sont à la hauteur de son désespoir. Ses cris sont ceux du peuple noir.
" La tête dans les odeurs de l'homme, la bouche contre son sexe, elle se dit qu'il est devenu complètement fou, qu'elle est devenue complètement folle (...). Dans l'état actuel de l'histoire, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle dise, elle aura toujours tort. L'homme c'est lui." Cameroun. Chaleur humide, ciel hypnotique. Dans le bidonville où elle a grandi, abandonnée par sa mère, Ateba cherche avec désespoir sa place dans une société où la femme n'a qu'un droit : se taire. Ecartelée entre plusieurs sentiments contraires, la jeune fille, le ventre en feu, la haine au coeur, est certaine qu'elle peut devenir un jour la plus forte. Incapable de se résoudre à concilier sexe et asservissement, elle refuse de passer sa vie à genoux.
" Ce soir-là, l'odeur du crocodile â la sauce tchobi et d'une purée de mangues sur toast charrie les légendes africaines. C'est l'odeur du vent des forêts, lorsque les esprits volettent de branche en branche et perturbent le sommeil des hommes... " Mademoiselle Aïssatou est amoureuse d'un Malien pure souche, célibataire et manutentionnaire. Souleymane Bolobolo vit avec sa mère qui a une poule pour animal de compagnie. Et pour séduire cet homme, il ne suffit pas d'être une " femme flamme " et de lui refiler un tendre baiser, il faut aussi les senteurs tropicales qui captivent. Mangue sauvage, marinade d'épices et pépé-soupe de poissons... Voilà de quoi déclencher torrents d'extase et excès sensuels. Mieux que les contes de Schéhérazade, Calixthe Belaya a ses philtres suaves et autres poudres magiques pour ensorceler " l'autre "...