Comment rester soi ? Quatre personnages en fuite nous confient leur histoire, placée sous le signe de la menace et de la résistance.Traques, ce sont quatre récits qui se font écho, quatre personnages, Jeanne, Anatole, Elisabeth et Vincent, qui sortent enfin du silence pour raconter leur histoire et dénouer « les fils bruyants » de leurs vies.Le roman s'ouvre sur Jeanne qui, étouffant dans une famille interdite de bonheur, a fui, sans savoir où aller, seulement décidée à ce que le chagrin n'infeste pas son esprit. Elle confie son histoire à Anatole qui, en retour, lui livre la sienne : chassé avec tout son peuple de son pays natal, ayant perdu ses proches, il survit, d'usines désaffectées en marais orageux, « ne connaissant plus du monde que ses enclos et ses nuits sales ». Vincent Collignon, lui, est un cadre usé par le monde de l'entreprise, sans cesse évalué, mesuré à l'aune de statistiques et de théories du travail, il refuse peu à peu de jouer le jeu et s'en va rejoindre la cohorte de ces fantômes inutiles à la société. Elisabeth, sa mère, attend la mort dans une maison de retraite où toutes les méthodes employées pour « aider » les pensionnaires ont pour effet de précipiter leur dégradation physique et mentale.Entre ces quatre voix singulières se noue une étrange complicité, comme si chacun jouait à l'insu des autres des variations sur un même thème. Exclus, tourmentés, évalués, tous cherchent à échapper à l'enfermement, à lutter pour préserver une intégrité constamment menacée et, finalement, à résister à ces sociétés, familiales ou collectives, qui tuent à petit feu, classent, jugent et traquent sans merci.Frédérique Clémençon mêle avec beaucoup de virtuosité ces quatre voix; sa prose éblouissante confère une force indéniable à ces paroles de « faibles ». Après deux romans « familiaux », l'auteur s'impose avec ce roman poétique et politique, que sous-tend une vision radicale du monde et de la société. Frédérique Clémençon est née en 1967 dans la Vienne et vit aujourd'hui à Poitiers. Elle a publié deux romans aux Éditions de Minuit qui ont connu un véritable succès critique : Une saleté (prix Robert Walser 1998 du premier roman) et Colonie (Prix Céleste 2003, Prix Gironde 2004). Frédérique Clémençon est née en 1967. Elle a publié deux romans aux Éditions de Minuit qui ont connu un grand succès critique : Une saleté (prix Robert Walser 1998) et Colonie (prix Céleste 2003, prix Gironde 2004). « Que m'est-il arrivé ? Je ne sais pas. Une main invisible s'amuse et, après chaque nouvelle attaque, me laisse exsangue, misérable champ de bataille. Les visages familiers de mes collègues flottent, l'oil vitreux, derrière les parois de verre du couloir de l'étage et vont se perdre sous l'oilleton rouge du détecteur de fumée. Leurs voix me parviennent comme du fond d'un puits, se mêlent au bruit lointain des klaxons, au grognement des pelleteuses qui s'acharnent depuis des mois sur la chaussée et y laissent chaque soir une tranchée de plus en plus longue et profonde, à la déflagration stridente des marteaux piqueurs. Leurs corps, qui vont et viennent dans les couloirs, glissent sans bruit sur la moquette chinée du couloir central, gesticulent derrière les vitres comme des pantins et finissent par n'être rien d'autre qu'un camaïeu de gris et de bleu ternes, une cohorte de fantômes, de créatures évanescentes oubliées à peine ai-je senti les portes de l'ascenseur se refermer dans mon dos. Ils n'existent plus et moi à peine plus. » Soit quatre récits qui se font écho. Il y a Jeanne, qui s'est enfuie d'une famille où le bonheur était une denrée inconnue ; Anatole, qui survit avec peine loin de son pays natal ; Vincent, cadre usé par l'entreprise qui se retire peu à peu du monde ; Élisabeth, qui attend la mort dans une maison de retraite. Quatre personnages exclus par une société dont ils ne veulent plus. Quatre histoires emblématiques de notre époque moderne, remarquablement ciselées par la prose alerte de Frédérique Clémençon.