" Il n'est rien de tel que l'admiration... Celui qui n'est pas capable d'admiration est un misérable. Aucune amitié n'est possible avec lui, car il n'y a d'amitié que dans le partage d'admirations communes. Qu'est-ce qu'une caresse ? C'est un effleurement qui prend possession de la matière profonde. Le rite bien français des vacances au bord de la mer constitue un voyage initiatique dont nous portons tous la marque. On peut dire que l'océan - son mystère, son infini, sa grande vie solitaire sous le ciel changeant -, c'est la métaphysique à la portée d'un enfant de sept ans. Le genou, bielle à la fois simple et complexe, dure et fragile, offensive et vulnérable est l'articulation clef d'où partent l'effort, l'essor, l'élan... Et il ne faut pas oublier l'envers du genou, sa face postérieure, le jarret exactement, cette gorge tendre, pâle et moite où s'inscrit un H majuscule. Au commencement, il y a la fadeur. Chaque civilisation se définit par une nourriture de base substantielle et fade désignée par un mot de trois lettres. Ce sont : le blé pour l'Occident, le mil pour l'Afrique et le riz pour l'Orient. Elles sont toutes les trois dépassées par un quatrième élément - également de trois lettres et d'une fadeur absolue : l'eau." Biographie Né en 1924 à Paris, Michel Tournier habite depuis quarante ans un presbytère dans la vallée de Chevreuse. C'est là qu'il a écrit " Vendredi ou les limbes du Pacifique " (Grand Prix du roman de l'Académie française) et " Le Roi des Aulnes " (prix Goncourt à l'unanimité). Il voyage beaucoup, avec une prédilection pour l'Allemagne et le Maghreb. Il ne vient à Paris que pour déjeuner avec ses amis de l'Académie Goncourt. Quand il n'écrit pas des romans mythiques (Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Les Météores), ou mythologiques (Gaspard, Melchior et Balthazar, Gilles et Jeanne), Michel Tournier fait montre d'une activité butinante à travers ce qu'il nomme ses petits "texticules". Ce sont de courts textes où il consigne ses réflexions, ses idées, souvent érudits et espiègles, ses sourires intérieurs, ses illuminations secrètes, ses pensées interlopes. Après Le Vent Paraclet, Petites Proses, Des clés et des serrures, ou Le Pied de la lettre, le temps est à l'incantation, aux Célébrations ! Michel Tournier glorifie l'arbre et le serpent (n'y voyez aucune allusion biblique, l'auteur ne se contente jamais d'allusions dans ce domaine, il est tout simplement pétri de mythes, de mythologies et d'histoire !) mais aussi le genou ou les cheveux, à la manière des blasons d'un Clément Marot. Il décline les saisons et les saints, les lieux, les gens et les images qui l'intriguent, le passionnent, excitent son imagination. En parcourant ces énièmes petites proses qui lui sont si familières, on ne se départ jamais d'un sourire amusé, tant les mots de Tournier sont tous - ou presque - finement ciselés dans l'humour et la volupté. Et l'on referme ce livre, plus convaincu que jamais de l'amour que l'écrivain porte à la vie... sous toutes ses formes ! À souligner : le rajout de trois textes par rapport à la version brochée : "Ce vendredi 10 mai 1940 à Fribourg-en-Brisgau" ; "Guillaume Tell et l'Arbalète" ; "Albert Dürer, Melencolia". --Laure Anciel